Une épave du XVIIe siècle à CALVI

(3) une maquette archéologique


photos: Pierre Villié

 

VALIDATION ET EXPERIMENTATION SUR UN MODELE REDUIT

 Ne voulant pas se limiter à une archéologie de constat mais aller vers une étude réelle, l’équipe a entrepris de réaliser un modèle pour remettre dans l’espace les formes de carène, confirmer la place de certaines pièces trouvées déconnectées de la coque et remplir certains manques sentis sur la table à dessin. Le travail à été confié à Jean Thomas, menuisier de métier, qui a transcrit les dessins au 1/5e dans du chêne, du hêtre et du pin pour restituer au mieux le navire en respectant les essences mises en œuvre par les constructeurs. Le choix de l’échelle a été dicté par le souci de ne pas trop forcer la matière et d’avoir un rapport de réduction assez faible pour ne pas gommer la réalité des cotes prises sur le site. Des déformations dues au séjour prolongé des bois dans l’eau sont apparues et ont été corrigées. Des questions se sont posées. Le modèle archéologique prend alors toute son importance et devient un outil de travail indispensable à la poursuite de la réflexion. Ainsi, il apparaît que certains bordages ont été débités à plein bois pour permettre un retour du flanc vers le tableau de poupe, qu’une varangue devait être posée sur un talonnier et une foule d’autres détails complètent la connaissance de l’épave. Après deux années de travail, la maquette a été exposée à « Trente années d’archéologie en France » puis a été attribuée au musée de la marine de Paris qui, de nouveau, l’a remise sur l’établi pour y apporter les dernières modifications issues d’une analyse qui aura demandé plus de temps que le travail sur le terrain.

 


photos : Pierre Villié

 

 A coté de ce travail expérimental, un autre s’est fait plus discret ; c’est la reconstitution du navire dans son intégralité ou tout du moins au maximum permis. Avec les mesures prises sur les dessins et vérifiées sur le modèle, les chercheurs ont déduit un portrait robot qui se traduit par une coque longue de 25 m avec une quille de 12 m et un maître couple de 7,80 m. En fouillant une nouvelle fois dans les textes, a surgi un document qui correspond à quelques décimètres prés aux mensurations déduites. Il s’agit d’un manuscrit vénitien écrit en 1550 et signé Théodoro de Nicolo.

 A partir de ce moment, tout semble bouclé et l’épave de Calvi I prend sa place dans le rang des petites naves qui jaugeaient aux environs de 300 tonneaux de port actuel, soit 440 bottes de l’époque. Alors, la silhouette définie est mise en regard des dessins de Testu, de Bry, Lop Homenn qui représentent les navires courants de l’époque ; là étant le second intérêt de Calvi I, être un standard de la vie maritime de la fin du XVIe siècle. Ces navires de capacité moyenne ne retenaient que très exceptionnellement l’attention des artistes, qui préféraient valoriser leur art au travers de sujets prestigieux. C’est dans les arrières plans qu’il faut chercher. Bâtiments modestes, ils faisaient partie du paysage. Et sans vouloir aborder la critique des œuvres laissées par les peintres, graveurs et dessinateurs de marine, il est indispensable de garder à l’esprit que ces documents ne sont pas toujours fiables, des anachronismes s’y glissent, les imprécisions et les effets artistiques sont fréquents. Pour exemple, ne seront citées que les gravures de Bruegel l’Ancien (1525-1569) qui reproduisent des navires du tout début de son siècle, copiés sur document et non pris sur le vif.


Une des rares représentations de l'époque sur une gravure de De Bry

 

  Chercheur prudent Pierre Villié se pose encore aujourd’hui la question de savoir si Calvi I avait 2 ou 3 ponts et quel était son type de gréement. Il propose donc deux solutions et une mâture à voiles carrées, ne voulant pas entrer dans les combinaisons du Levant qui étaient un savant mélange de tout ce qui existait. Spécialiste comblé, il sait aujourd’hui que le dossier n’est pas clos et que Calvi I ne sera pas l’unique témoin de cette marine.