Opération " FOSSE DIONNE"

"Genèse d'une première" par Pierre Villié


La fosse Dionne à Tonnerre. Une mystérieuse résurgence aménagée en lavoir au XVIIIe siècle. Photo Christian Vidal

Tout commence durant l’hiver 1985, Xavier Goyet, aujourd’hui disparu, victime de sa passion, fait découvrir la fosse Dionne à Pierre Villié. Touché par la magie du lieu, sensible aux mythes et aux légendes qui l’entoure, l’archéologue s’enthousiasme à l’idée d’un sondage. L’usage d’une suceuse en plongée spéléo n’est pourtant pas chose facile. Avec vingt compagnons, il se lance dans une aventure qui va durer neuf ans.

Légendes et réalités

Un jour d’été de l’an 700, le petit Pierre voit venir au galop un cavalier au panache rouge sang. Arrivé à sa hauteur, ce dernier lui demande où il peut désaltérer son cheval. Le jeune garçon lui indique la Fosse Dionne. Immédiatement, le cavalier refait partir sa monture et laisse choir sur le chemin un sac de pièces. Profitant de l’aubaine, le jeune garçon s’en saisit en se gardant bien d’avertir le visiteur. Avec cet argent, il va faire des achats de nourriture. D’affreuses coliques se mettent à le tourmenter, puis il est pris de rires démoniaques. Les aliments n’ont plus de saveur, le pain a le goût du plâtre, le lait est insupportable. Pris de remords, l’enfant se dirige vers la Fosse Dionne.

Arrivé au bord de l’eau, il n’y trouve pas l’étranger. L’endroit est désert, du moins le croit-il. Dans l’ombre, cependant le cavalier l’épie. Mais il y a aussi le saint évêque Pallade qui ne perd rien de la scène. Pierre jette dans la source les pièces diaboliques et s’apprête à s’y précipiter quand l’évêque le retient. Pierre avoue son acte et le saint homme lui accorde sa miséricorde.

Mais du fond de l’eau, les pièces ensorcelées l’accusent toujours. C’est alors que saint Pallade recouvre de son manteau l’argent du diable. Le cavalier vient de perdre la partie. Brusquement, il surgit des taillis et lance sa monture dans la vasque. Les eaux se mettent à bouillonner durant de longs instants. Quand elles redeviennent calmes, la Fosse Dionne n’a plus de sable. Le fond vient d’être emporté dans les abîmes de l’enfer.
 


Les lavandières ont disparues mais le site est resté le même: témoin cette carte postale du début du siècle.
 

La légende est toujours présente dans les esprits. Lors de notre intervention de 1987, un badaud certifie qu’il y a dans la fosse, un cheval entier et qu’une partie de son squelette a été remonté par des gens équipés de bouteilles "d’oxygène". Ces plongeurs, nous les connaissons bien. Ils ont effectivement rapporté des ossements à la surface, mais pas de cheval. Saint jean qui voulait méditer dans la solitude, vient d’achever de creuser une cellule dans la falaise toute proche de la Fosse Dionne, quand il est averti qu’un serpent basilic s’empare des promeneurs de la région par la seule puissance de son regard. Jean entreprend alors de chasser l’animal. A la bêche, il creuse le sol de l’endroit et dégage la source qui se met à couler de toute son eau vers la rivière Armançon. Son action conjure le mauvais sort et le fabuleux serpent meurt sur le coup.
Le basilic que le saint vient de tuer est un serpent mythologique. Il s’agit plus sûrement du paludisme, maladie transmise par les moustiques et dont les effets emportèrent beaucoup de gens avant que le marais qui entourait la source ne soit asséché par saint Jean selon la tradition. Le 15 juillet 1962, au cours d’une opération de repêchage de pierres sculptées, deux plongeurs trouvent la mort dans la Fosse Dionne. Le serpent basilic multiforme refait son apparition. Dans un sursaut, la bête, réveillée les a foudroyés. En fait, la qualité de l’air était le seul ennemi de ces confrères qui, négligemment avaient utilisé de l’air industriel.

  
En dépit des légendes , pas de griffes de monstres, mais des anses de seaux en fer, probablement d'époque gallo-romaine. Photo : ChristianVidal