Ca-Ira, vaisseau français de 80 canons 1781-1796

par pierre Villié. et martine Acerra

 

Compte rendu paru dans la revue INA Quarterly de l'Institut of Nautical Archaeology

Ce très intéressant ouvrage écrit dans un français direct et simple présente une étude des données archéologiques tirées de l’étude du vaisseau le Ca Ira. L’analyse est complétée par une étude de quelques uns des plus importants travaux sur l’architecture navale au dix-huitième siècle. Le vaisseau , un quatre-vingt canons, fut construit à Brest en 1781 et d’abord baptisé la Couronne. En 1791, dans la tourmente de la Révolution Française, il fut rebaptisé la Révolution, et en 1793, après la proclamation de la République, il changea de nom à nouveau pour celui de Ca Ira , d’après la chanson révolutionnaire « Ah! Ca ira, ça ira, ça ira les aristocrates on les pendra ».
 

Le trois mars 1796, le Ca Ira quitte Toulon avec la flotte de l’amiral Martin. La flotte tente de débarquer six mille hommes de troupe en Corse pour tenter d’en chasser les Anglais solidement implantés dans l’île. Mais victime de circonstances défavorables - et aussi de l’amiral Nelson à bord de l’HMS Agamemnon - le Ca Ira est pris par la flotte de l’amiral Hotham quelques jours plus tard lors de la bataille du Cap Noli. Transformé en navire hôpital et mouillé en rade de St Florent sur la cote nord de la Corse, le Ca Ira brûle accidentellement en avril 1796. L’équipe de Pierre Villié le retrouve en 1989 et consacre les cinq années suivantes à fouiller le site. Ce livre est le résultat de ce travail.
 

Le Ca Ira a été fouillé dans le Golfe de Saint-Florent pendant cinq campagnes de quatre semaines chacunes. Les auteurs comparent les détails de construction observés sur l’épave avec les théories de l’archictecture navale émises par Blaise Ollivier (Traité de construction, 1736), Henri Louis Duhamel du Monceau (Eléments de l’architecture navale ou pratique de la construction des vaisseaux, 1752), M. de Duranti de Lironcourt (Instruction élémentaire et raisonnée sur la construction pratique des vaisseaux, en forme de dictionnaire, 1771), et Vial du Clairbois (Encyclopédie méthodique de la Marine, 1783-1787).
 

Le livre est divisé en cinq chapitres. Le premier chapitre donne un bref aperçu du premier anniversaire de la prise de la Bastille en 1789 et de l’euphorie révolutionnaire qui conduisit à l’adoption de la chanson Ca Ira comme nom du vaisseau. Le second chapitre est un résumé synthétique mais complet de la perte du Ca Ira. Le troisième chapitre, écrit par Martine Acerra, raconte l’historique de la naissance et du developpement du vaisseau de ligne français de quatre-vingt canons et présente le contexte dans lequel la Couronne fut dessinée et construite. Dans le quatrième chapitre, une analyse des données archéologiques est présentée. Des sections de ce chapitre évoquent la quille et la fausse-quille (p.32), les couples (p.40), la carlingue et l’emplanture de mat (p.44), le vaigrage (p.48), le placage de cuivre de la coque (p.52), le système de drainage des eaux usées (p.54), le massif du grand mat (p.67), le lest (p.71), les découvertes archéologiques, dont les barriques d’eau douce et les munitions (p.73), la cuisine de bord (p.78), et les marques de la présence anglaise (p.79). Un cinquième et court chapitre avec les conclusions et une table récapitulant mes analyses archéologiques termine le livre. Il n’y a pas d’index.
 

Très facile à lire et offrant de bonnes illustrations - bien que les légendes puissent parfois être confondues avec les titres et le texte - ce livre fournit un éclairage intéressant sur les évolutions de la conception et de la construction des navires français. Je pense qu’il mérite d’être lu à la fois par les érudits et archéologues amateurs
 

Pour de nombreuses raisons, Pierre Villié et Tech Sub Association sont un très bon exemple de ce qu’une organisation indépendante de bénévoles peut réaliser. L’association a formé des plongeurs amateurs pour réaliser un travail scientifiquement mis en forme - la publication de la fouille de l’épave Calvi I par l’auteur dans les Cahiers d’Archéologie Subaquatique doit être mentionnée ici - L’association a ainsi réalisé in excellent travail dans l’étude et la diffusion d’informations concernant le patrimoine subaquatique , et l’oeuvre qu’elle a accomplie mérite d’être saluée.

 

Felipe Castro

INA Quarterly 27.2 /3