L'épave d'U Pezzo: histoire et avenir d'une découverte
Larchéologie sous-marine est une discipline qui reserve bien des surprises. A Saint-Florent, au pied du Cap Corse, une coque de toute beauté commence à faire parler delle. Qui aurait imaginé que là en bordure de plage, dans trois mètres deau, une épave de 1760 attendait de livrer ses secrets ? Connue et visitée par quelques plongeurs dans les années soixante, située juste sous les fenêtres dun centre de plongée et au beau milieu du mouillage des bateaux dun centre de voile, endormie, elle attendait comme la belle au bois dormant dêtre réveillée. Quelques bois pointaient hors du sable, considérés comme les restes dune grande barque sans importance.
| Tout aurait pu en rester là, si notre équipe nétait passée par là. Basés tous les étés à Saint-Florent, nous finissions létude de lépave dite « de Fornali », une grande barque de 18 mètres du XVIIeme siècle . Quand un jour, Patrick DUMOULIN un équipier de longue date, revint dune reconnaissance, la poche de son gilet stabilisateur pleine de balles de plomb. Le soir, à table, Patrick ne cesse de commenter sa plongée de laprès-midi et dévoquer une charpente en bon état, lexistence dun énorme tas de cailloux qui de toute évidence est du lest et surtout, létendue du gisement quil estime à plus de vingt mètres de longueur sur six à sept de largeur. Bien entendu, il nen faut pas plus pour que le lendemain je me mette à l'eau , en quête dun indice révélateur... |
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PREMIERES IMPRESSIONS Rapidement lépave se révèle, la partie visible est effectivement importante et tout à fait conforme avec la description de Patrick. Cest maintenant que la partie va se jouer. De la main, j' effectue quelques mouvements déventail à laplomb de lendroit sondé la veille. Un fin nuage de sédiments se soulève attirant les rougets du secteur. Du bois, dune fraîcheur étonnante et dun magnifique blond nordique éclate sous les rayons du soleil qui plongent en barreaux comme au travers des vitraux dune cathédrale. Le mouvement de ventilation est répété jusquà ce quun large cône soit créé et permette de voir une portion suffisamment grande de la coque . Dans lintervalle des couples, se trouvent des billes de plomb et des morceaux de poteries épaisses à glaçure verte. En continuant mon exploration, je remarque des chants de planches placés perpendiculairement à laxe du navire. Ce sont là les cloisons qui compartimentaient la cale. Un peu à lécart , je renouvelle les mouvements déventail, des morceaux de cordages sortent du sable. Ayant pris la
précaution de me munir de fines tiges métalliques, je
sonde alors le sédiment pour essayer de reconnaître les
limites du gisement. de temps à autre, je plante une
fiche. Progressivement le schéma de lépave se
construit dans mon esprit. |
| A lopposé des bois
saillants, dans laxe longitudinal du navire, le
sable coquillier fait place à un mélange de sable et de
vase fluide. Lorsque j' y enfonce la main, des bulles de
gaz remontent à la surface. La vase noire et gluante
colle à la peau. La sensation est peu agréable mais
cest là certainement que se trouvent les objets
les mieux conservés. Englués dans la vase, ils ont
toutes les chances davoir traversé le temps sans
trop de dommages. Encore quelques fiches de plantées
mais le stock sest épuisé. J'entreprend alors de
mesurer rapidement les deux dimensions essentielles du
site. Sur une planchette de plastique, à laide
dun crayon gras, je note simplement deux chiffres :
21,30 et 5,50. Un rapide croquis, où est noté
lemplacement des cloisons, complète ces mesures. La plongée se termine. Le mètre toujours en main , je prends encore quelques dimensions, la largeur des couples, lintervalle entre deux couples. Ces quelques renseignements ne sont pourtant pas suffisants. Avide dinformations, je suis maintenant face à la partie pincée qui pointe vers la surface : une belle pièce de charpente légèrement inclinée. Il ny a pas de doute, il sagit de larrière, et cette pièce est létambot. En le mesurant, on peut se faire rapidement une idée de la section de la quille que létambot prolonge et donc, une idée de limportance du navire. Un dernier aller et retour sur lépave, encore quelques sondages à main nue, de nouveaux morceaux de céramiques brisées.... |
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| En deux coups de palmes, je rejoins la
surface et reprends alors brutalement contact avec un
autre monde. Le soleil commence à décliner, la foule
est comme dhabitude nombreuse à cette heure sur la
plage, le bruit des voitures et des motos ... Au sortir de leau, je sais déjà que lépave que je viens de voir nest pas toute récente, quil sagit dun bâtiment de 20 à 25 mètres environ, ayant fait naufrage à la fin du XVIII eme siècle ou au début du XIX eme siècle. La présence de nombreux tessons de céramique est un point de repère pour la placer dans la catégorie des batiments de commerce; un élément très positif pour la suite des opérations. En moins dune heure, la «carcasse » comme la désignait les plongeurs du club voisin vient de prendre de limportance et de se métamorphoser en site archéologique.
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| Dés septembre suivant, cest la
course aux informations. Les écrits sont rares, mais
liconographie permet dapporter quelques
précisions sur ce que pouvait être ce type de
bâtiment. Le terme de « pinque » est très peu
mentionné car il y a une grande similitude avec la «
barque de négoce » provençale. Les pinques sont au
XVIII eme siècle principalement construites à Gênes.
Plus grandes que les tartanes, elles sont destinées au
commerce lointain allant même jusquà accomplir
des traversées transatlantiques. Petit à petit, les
choses séclaircissent. Le musée de la Marine de
Paris possède même un modèle de pinque. Héritée de
la tradition méditerranéenne, la pinque est la cousine
du légendaire chébec, navire par excellence des pirates
et corsaires du Levant. Imprégné du contexte culturel et commercial qui environne cette marine, je marme en vue de louverture de la fouille. La phase de préparation est dailleurs essentielle, cest elle qui donne lélan à une entreprise qui va durer plusieurs années et demander de gros efforts financiers. Toutes les informations sont bonnes à prendre. Ainsi un courrier dun de mes amis belges m' apprend quun canon en fer aurait été sorti de cette épave au début des années soixante. (suite ....) |