L'épave d'U Pezzo: histoire et avenir d'une découverte

 

UNE LONGUE AVENTURE COMMENCE

Enfin le premier sondage est entrepris, muni d’une autorisation en règle dans ses dossiers, Patrick Dumoulin a le plaisir de donner les premiers coups de suceuse. Durant quelques jours la motopompe tourne à plein régime. Quelques mètres carrés de bois sont dégagés. Patrick ouvre une tranchée dans le gravier qui recouvre l’épave. Un curieux assemblage apparaît. Cela ne fait pas de doute, il s’agit d’une extrémité de l’emplanture du grand mat. Avec quelques centimètres de charpente se profile déjà l’existence d’un gréement latin. Les probabilités que l’épave soit bien la pinque augmentent. L’été suivant une autorisation de fouille est accordée. Je constitue une équipe et définis un plan de bataille: attaquer les deux extrémités de l’épave à la fois et faire la jonction en suivant la carlingue. En trois semaines le pari est tenu. A raison de plongées de deux à trois heures, les plongeurs évacuent dix-sept mètres cubes de cailloux et réalisent les relevés d’ensemble. Dans le gravier, des objets se cachent. La principale découverte est une cage à volaille. Du petit équipement de bord est également trouvé: un rabot, une pipe, deux réas de poulies, des boulets de petit calibre, un tonnelet à poudre...

 Mais les plongeurs ont conscience d’être surtout en présence d’une carène exceptionnelle. La mise en évidence d’une coque doublée par un bordé en bois blanc est la preuve que l’épave est celle d’un bateau ayant navigué en mers chaudes, comme il est attesté pour certaines pinques qui allaient jusqu’aux Antilles. Cette découverte est réellement un scoop dans le petit monde de l’archéologie navale car jusqu’alors, seuls les grands navires des compagnies des Indes avaient restitués ce type de protection. L’autre première est la présence d’un lest de pierres reposant sur une couche de sable. Cette disposition interdite en France depuis Colbert dans la marine royale se retrouve pourtant presque un siècle plus tard encore en usage. La teinte ocre rouge du sable est pour les archéologues une piste à suivre dans cette vaste enquête policière qu’est une fouille.


Conservée de l’étambot au brion, la pinque a tous ses couples en place. La couverture photographique faite par l’un des équipiers: Christian Vidal, les mesures et dessins permettent de voir quantité de choses, comme les vaigres ou planches de cale disposées perpendiculairement à la quille, le renversement de l’assemblage des varangues qui marque le maître-couple. Déja il est possible de reconnaître un bâtiment de 24 mètres de long ayant un maître-couple de 6,55 mètres, soit exactement les dimensions attribuées à la pinque par les documents existants. Ainsi, aujourd’hui les chances d’être effectivement en présence du Saint-Etienne sont de 90%.


LES CHOSES SE PRECIPITENT

 Mais l’affaire, loin d’être terminée ne fait que commencer. Sous l’eau tout reste à faire. Pour étudier l’épave, il est prévu de la démonter pièce par pièce, comme l’a été l’épave de Calvi 1 (nave italienne du XVII eme siècle fouillée et restituée par l'association Tech Sub que je dirige) qui est devenue une référence en matière d’archéologie navale en même temps que la seule maquette archéologique française. 
Une maquette de grande dimension permet de restituer au mieux les formes, de comprendre les assemblages et surtout de transmettre la fouille aux générations futures car le papier a une durée de vie bien inférieure à celle du bois. Réalisé avec grand soin, un modèle archéologique pourra être réétudié par un chercheur qui aura peut-être d’autres préoccupations que les nôtres.

   

 En archéologie sous-marine, l’amateurisme est souvent synonyme de manque de crédibilité. Des moyens trop restreints sont la plupart du temps à la source de cette situation. A Saint-Florent, tout sera mis en oeuvre pour que les plongeurs soient dans de bonnes conditions de fouille. Avec le soutien de la FFESSM, l’équipe disposera d’une infrastructure digne des grands chantiers archéologiques.

Déjà l’équipe de la prochaine campagne se constitue . Avec dix plongeurs de tous horizons, le pari fait est de mettre « U Pezzo » au palmarès des meilleures fouilles des dix prochaines années.